République de Maurice : Le 7 novembre prochain, les électeurs, et les électrices se rendront aux urnes pour une nouvelle législature ! 

Le Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth face à son destin : sera-t-il réélu et sauvera t-il son poste de chef de gouvernement

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12 mars 1968 ! Cela fait cinquante et un ans donc que l’ancienne colonie britannique adoptait une nouvelle constitution pour devenir une nation indépendante, avant d’obtenir, 24 ans après, le 12 mars 1992 , le statut de République. 

Démocratie relativement stable - où des élections législatives libres sont régulièrement organisées tous les quatre ou cinq ans - la vie politique du pays est toujours dominée par quatre partis politiques, gérés par trois familles, les Ramgoolam (PT), Duval (PMSD) et Jugnauth (MSM), qui, de père en fils, s’associent régulièrement à Paul R. Bérenger (MMM ) pour se succéder au pouvoir ! 

Les élections de ce 7 novembre 2O19, qui voient l’émergence de nouveaux prétendants, déboucheront-elles sur une sorte de « révolte », celle qui pousseraient les anciens à s’ouvrir vers de nouvelles idées pour un changement significatif au niveau de la gouvernance ? 

Connu, il est vrai, pour la beauté de ses plages, mais également pour sa réussite politico-économique des années 1980 - un aboutissement lié à la mise en place d’une zone franche d’exportation pour ses produits manufacturés, ainsi que pour la stratégie d’ouverture vers l’international de son industrie touristique -  la République de Maurice possède, par ailleurs, d’autres attraits. 

   La beauté de coeur d’un peuple multiculturel, caractérisé par ses nombreuses passions - celle du joueur, pour les paris sur les courses hippiques organisées au Champ de mars de Port-Louis, en certaines fins de semaine; ou celui du chasseur, lors des battues de chasse aux cerfs, propres à la très bonne gestion d’une faune et d’une flore, variée et riche - font de cette île un joyau attrayant au gré des flots bleus, de l’océan Indien, au coeur de l’archipel des Mascareignes ! 

Mais ce n’est pas tout, car ce côté passionnel du citoyen mauricien connaît une impulsion fiévreuse, et ascensionnelle en période de campagnes électorales. 

 C’est d’ailleurs le cas depuis le dimanche 6 octobre dernier, date à laquelle le Premier ministre (PM) sortant, Pravind Kumar Jugnauth, du Mouvement socialiste militant (MSM), s’est prononcé pour la dissolution du Parlement. Lors de cette même allocution, retransmise sur les différentes chaînes nationales, de télévision et de radio, de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC ), il a évidemment annoncé la tenue des élections législatives prochaines.

   En fait, ce sera  pour le le 7 novembre prochain !

 La course électorale lancée depuis bientôt un mois, la vie quotidienne des quelques 941,719 électeurs de la République de Maurice s’articule désormais autour des multiples réunions privées, des meetings publics, et les nombreuses autres actions de propagande proposées dans l’ensemble des vingt-et-une circonscriptions de la République - l’île Rodrigues comprise - par les 817 candidats, officialisés sur décision du commissaire électoral. 

   Selon l’avis neutre de certains experts, cette échéance du 7 novembre arbore déjà un caractère surprenant. Les électeurs, et les électrices auront plus que jamais la difficulté du choix. Prendre la bonne décision, face aux urnes, ne sera absolument pas aisée ! Aux côtés des quatre ou cinq grands partis traditionnels - réunis une fois de plus en alliances diverses pour affronter cette onzième législative du pays post-indépendant - d’autres petites équipes, nouvellement formées autour de jeunes prétendants, s’engagent enfin avec détermination sur le terrain. 

Sans exception, elles s’activent à attirer l’adhésion de celles et ceux qui sont encore perplexes. Pour cela elles prônent, toutes, un véritable changement en imaginant ce renouveau qui pourrait éventuellement avoir lieu au niveau de la prochaine gouvernance, et de l’équipe qui dirigera prochainement la République ! 

Toutefois, le citoyen mauricien, bien que doté d’un très bon niveau d’instruction - et sans doute aussi d’un degré d’intelligence certain - a souvent démontré dans le passé son embarras à faire la différence entre sa raison et ses émotions. 

Cette fois encore, sa tâche semble être fortement teintée d’incertitude, et pour un très grand nombre d’électeurs, le vote sera compliqué ! 

À J-4, la contre-performance, plus ou moins récente, de certains des grands leaders, l’absence de programmes clairs, et précis des grandes alliances - plutôt empêtrées à se lancer des insultes par clips vidéo interposés que d’expliquer leurs intentions - créent un fort sentiment de rejet ! 

    

     Abstraction faîte des vrais militants, ceux-là mêmes qui pour rien au monde ne changeraient leur fusil d’épaule, face à l’importance de l’enjeu, une grosse partie de l’électorat mauricien semble être actuellement  dominé par le doute  

    Cependant, soyons certain d’une chose. Au moment du choix, devant l’urne, les uns et les autres se souviendront, qu’en fin de compte, leur vote pèsera d’une manière distincte dans la désignation du futur Premier ministre de leur pays. 

 

 

Navin Ramgoolam, l'un des deux leaders de l'Alliance nationale en campagne, s'adressant à ses partisans.

 

Composé d’un maximum de 70 sièges, qui, selon la Constitution doivent être renouvelés tous les cinq ans, le parlement national est bâti autour d’une seule chambre. Les premiers 62 représentants étant élus au suffrage universel direct -  les trois premiers candidats en tête dans les 20 circonscriptions électorales de l’île principale siègeront dans le nouveau parlement. 

À chaque scrutin, cependant, deux autres parlementaires, élus dans la 21ème circonscription - celle de l’île Rodrigues, voisine - viennent compléter ce nombre. Et ces élus, directement plébiscités par le peuple, seront par la suite associés à huit autres députés, les « meilleurs perdants », désignés selon la loi par la commission électorale: ils sont en fait appelés à compléter la liste initiale afin de respecter le chiffre de 70 membres, prévu par les textes. 

Ce système du « meilleur perdant », qui actuellement ne fait plus l’unanimité, a pour but de rectifier une éventuelle lacune de représentativité de l’un ou l’autre des groupes ethniques du pays. 

Mais revenons à notre actualité, et mettons en évidence quelques aspects de cette campagne 2019. Bien qu’il ait lieu dans le strict respect des délais, en accord des provisions de la Constitution du pays, ces élections, imposées en cette fin d’année, n’étaient pas vraiment au programme des mauriciens. Le moins que nous puissions dire, c’est qu’elles prennent l’électorat par surprise. 

 

Yuvan Beejadhur et Deeshvy Ragpot de LaliansLespwar sur le terrain à la conquête des électeurs.

 

Aussi, bien que l’île soit dominée depuis quelques mois par un fort désir de changement, rien n’est encore joué. Ici, deux questions s’imposent : le 7 novembre 2019 sera-t-il différent du 10 décembre 2014 - date, rappelons-le, de la dernière joute électorale qui fut remportée par l’alliance Lepep (Alliance du peuple), réunie autour du leadership de Sir Anerood Jugnauth,**, le père du Premier ministre sortant ? 

Les résultats de ce nouveau scrutin pourraient-ils aller dans le sens souhaité par certains électeurs, jeunes et moins jeunes, aujourd’hui partisans d’une autre « manière de faire de la politique »; ceux-là qui plaident haut et fort pour une véritable réorganisation des institutions, autour de la mise en place de nouvelles initiatives, vers des vraies réformes socio-politiques ? 

La réponse à nos deux interrogations n’est certainement pas évidente. Du moins à ce jour.! Mais elle pourrait être tout simplement mathématique. 

Figé, depuis maintenant plus de cinquante ans, le décor du théâtre politique mauricien offre peu d’espace à l’élection hypothétique d’un visage inconnu au premier ministère. Et à quatre jours du dénouement de la campagne 2019, il est évident qu’un tel événement s’inscrit hélas du domaine de l’impossible ! 

Un sondage - qui n’a rien d’officiel mais que nous trouvons en ligne sur certains réseaux sociaux - semble donner raison à notre constat, en ne laissant au« petits » candidats aucune chance d’être élus. En effet, bien que ceux des électeurs « sans opinions » semblent pour l’instant majoritaires, il est écrit, ou presque, que les 62 premiers députés - ceux qui seront directement désignés par le suffrage universel - seraient principalement membres d’un des trois grands groupes : ainsi, une trentaine d’entre eux porterait les couleurs, rouge et bleue, de l’Alliance nationale menée par le duo Navin Ramgoolam du Parti Travailliste (PT) et Xavier - Luc Duval du Parti mauricien social démocrate (PMSD) - duo soutenu par le modeste mouvement patriotique (MP), nouvellement placé sous la présidence de Jean-Claude Barbier, 

Après être sorti indemne de nombreuses difficultés judiciaires, Navin Ramgoolam (trois fois Premier ministre, de 1995 à 2000, de 2005 à 2010 et de 2010 à 2014 ) revient de loin. Dans l’attente d’une importante décision, le 15 novembre prochain, concernant  l’issue d’un dernier procès, celui de l’affaire des coffres-forts en Cour intermédiaire, l’ancien chef du gouvernement, et ses nouveaux amis réussiront-ils à convaincre, à l’issue d’une campagne courte mais combien intense, une majorité de l’électorat ? Cet accord, obtenu difficilement, sera-t-il assez puissant, assez efficace pour vaincre la crainte suscitée chez un important pourcentage de votants de voir revenir le leader travailliste aux commandes des affaires politiques de l’île ? 

 

  La tâche de Navin Ramgoolam, lors de cette campagne, a également été compliquée par la diffusion, tout au long de ces dernières semaines, de deux vidéos : les images et les faits de Navingate 1*** et Navigante 2 *** - insinuant, entre autres, que le leader du Parti travailliste aurait transféré de grosses sommes d’argent du compte de son parti pour son profit personnel. Ces attaques vont-elles atteindre leurs objectifs, celui de détourner une partie importante des suffrages vers l’un ou l’autre de ses principaux adversaires ? Notamment en direction de Pravind Jugnauth, meneur de jeu de l’Alliance morisien, et de Paul-Raymond Bérenger, patron « incontesté » du mouvement militant mauricien (MMM) depuis 1969 ?

 Ce dernier, après avoir vécu quelques soubresauts, et constaté quelques départs au sein de sa mouvance mais qui a pris quand même le risque de ne pas s’allier à aucun des autres grands leaders, et donc d’aller seul au charbon, pourra-t-il rattraper son retard dans les urnes ? 

 Selon le même sondage, le MMM pourrait en effet obtenir quelques 20 députés « mauves », jeudi prochain. Un total qui lui permettrait de peser dans la balance au décompte final. Il se chuchote d’ailleurs, ici et là, et nonobstant de nombreux démentis, qu’une coalition post résultats pourrait voir le jour entre le MMM et l’Alliance morisien, un accord post électoral qui permettrait à Pravind Jugnauth, en cas de réélection, de retrouver le poste de Premier ministre, pendant une partie de la prochaine mandature ! 

Bousculé de son côté par le Serenity Gate**** - une enquête de top TV Mauritius, sur la toile, qui a atteint plus de 700,000 vues depuis sa première mise en ligne au cours des deux premières semaines du mois d’octobre - le Premier ministre sortant atteindra- t-il l’objectif de 32 ou 33 parlementaires, et ainsi se trouver dans la situation de constituer une majorité au Parlement national ? 

Accompagné dans ce combat par ses partenaires de l’Alliance morisIen - parmi lesquels Yvan Collendavelloo (Muvman Liberater) et Alain Ganoo, ancien président du mouvement patriotique, qui a rejoint le MSM pour cette occasion - Pravind Jugnauth pourrait toutefois être appelé à payer certaines erreurs commises lors de son passage à la tête du gouvernement ! Les derniers chiffres, toujours non officiels, prédisent seulement dix à douze élus à cette entente électorale, alors que les deux futurs heureux vainqueurs à Rodriques sont d’ores et déjà assurés de siéger à Port-Louis - au sein d’un gouvernement de coalition ou dans l’opposition  ! 

Mais qu’en sera-t-il des « petits » candidats, et particulièrement de ces jeunes prétendants, et prétendantes - plus d’une cinquantaine de nouveaux acteurs - qui pour la première fois tentent courageusement l’entame des premiers pas de cette belle aventure, que peut être une carrière politique ? 

Ils sont soit membres de Lalit, du Front Solidarité mauricien (FSM), ou encore du Reform party, et de 100% citoyens, mais aussi et surtout ces femmes, ces hommes qui se sont regroupés au sein de LaliansLespoir (Alliance Espoir). Ces derniers, un groupe de quatorze adhérents d’Enforce Moris et Nou Repiblik au total, profitent du dynamisme de leur porte-parole un jeune économiste, Yuvan Beejadhur, revenu au pays après une carrière à la Banque Mondiale.. 

Le 14 octobre dernier, lors de la présentation de cette jeune équipe, Yuvan Beejhadur expliquait que « la quantité passe avant la quantité ». Vous l’avez compris, LaliansLespoir ne sera, certes, pas présent dans toutes les circonscriptions du paysage politique mauricien,  cependant, elle veillera à ce que « la politique de demain soit une politique professionnelle qui ne fera aucune place au système communal, ses castes et ses divisions... ». 

 

**:- Sir Anerood , aujourd’hui âgé de 89 ans, fut Premier ministre de Maurice en trois occasions : d’abord de 1982 à 1994, puis entre 2000 et 2003 et enfin de 2014 à 2017. 

***: - Navingate 1 et Navingate 2 - deux vidéos mettent en évidence des insinuations, via des images, que certains pensent être truquées, sur (i) le transfert illégale de grosses sommes d’argent et (ii) concernant une soirée bien arrosée, il y a huit ans, chez le leader du PT. 

****:- Serenity Gate : une enquête exclusive diffusée sur top TV dénonçant des mesures budgétaires que Pravind Jugnauth aurait annoncé en faveur de son beau-frère pour le tournage du film Serenity à Maurice.

 

D.JPH de Montrose, journaliste international, freelance, et  spécialiste des problèmes du développement. De nationalité mauricienne, il analyse ici les prochaines élections mauriciennes pour Africa Link.